Sexe, alcool, plaisirs…Et si l’abbaye de Montmartre annonçait le Montmartre d’aujourd’hui?

Au 12ème siècle, un monastère réservé aux femmes a été fondé sur la butte. Ce passé pieux de Montmartre semble étonnant lorsqu’on le compare à la tradition du cabaret et de la fête – certains diront même de la débauche – qui a suivi.


Bien que contre-intuitif, le contraste n’est au final pas si important. Montmartre n’a pas attendu l’arrivée du Moulin Rouge pour nous servir à boire. Dès les débuts du monastère, les abbesses de Montmartre ont planté des vignes. Saint-Bernard de Clairvaux en personne avait fait le voyage pour mettre la première pousse en terre. Durant des siècles, l’abbaye a ensuite produit son propre vin. Bien que plus récente, la Vigne de Montmartre, située à la rue des Saules, nous rappelle cette tradition.


Autre étonnant exemple de proximité entre passé et présent, nous savons désormais que les abbesses de Montmartre se prostituaient lorsque leurs revenus habituels n’étaient plus garantis. Ce fut le cas lors du siège de Paris par Henri IV en 1590. A cette époque, l’abbaye avait d’ailleurs été surnommée « le magasin aux putes de l’armée ». La petite histoire rencontrant parfois la grande, Henri 4 lui-même a vécu une aventure avec l’une des abbesses, Claude de Beauvilliers. Celle-ci s’imagina même un moment que le roi l’épouserait après avoir divorcé de la reine Margot. Le roi la délaissa cependant après être tombé amoureux de Gabrielle d’Estrée, qui n’était autre que la cousine de… Claude de Beauvilliers. On se
rappelle d’Henri IV pour la poule au pot. On en aurait presque oublié ses nombreuses poules à lui.


A l’image de multiples autres monuments religieux, l’abbaye de Montmartre a été détruite au moment de la Révolution française. Par ces destructions, les révolutionnaires faisaient payer au clergé sa proximité avec la monarchie. Les révolutionnaires reprochaient également à l’église de promettre à ses fidèles une égalité de traitement au paradis sans pour autant se battre pour l’égalité sur terre. Seule l’église de l’abbaye a survécu à cette époque. Depuis 1867, la rue des Abbesses, la place et la station de métro du même nom ont été ainsi dénommées en l’honneur des 46 abbesses qui dirigèrent l’abbaye.


Depuis une centaine d’années, il y a à nouveau des nonnes à Montmartre, la congrégation des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre. A l’image de leurs prédécessrices, les actuelles religieuses ont eu droit à la visite d’un homme d’Etat : Alain Juppé. L’ancien premier ministre affirme avoir été sensible à leur « charme spirituel ». En revanche, nous ne savons pas s’il s’est également senti touché par leur « charme terrestre ». Ce qui se passe à l’abbaye de Montmartre reste désormais à l’abbaye de Montmartre.


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