L’Hôtel de Beauvais

On le connait aussi sous le nom de l’hôtel Bellier, femme de Monsieur de Beauvais (marchand de tissus de son état). Nous allons découvrir en même temps que ce bâtiment la vie de celle qui en fut l’instigatrice : Catherine Bellier dite « Cateau la Borgnesse ». Remontons dans le temps ; au commencement de ce bâtiment. l’origine ce très bel hôtel, était une dépendance de l’abbaye de Chaalis (OISE). L’abbé en charge de l’édifice religieux se servait de cette demeure parisienne lors de ses séjours dans la capitale. Il n’était pas rue François Miron, comme aujourd’hui mais rue Saint Antoine, et le batiment se nommait la maison à l’enseigne de faucon (XIIIème).

L’abbaye était d’ordre cistercien : on va retrouver cette rigueur de l’ordre dans la cave actuelle de l’hôtel de Beauvais, qui servait à l’époque de cellier. On voit sur les chapiteaux de colonne et sur les une décoration minimaliste. On reviendra sur cette magnifique salle gothique un peu plus en avant dans cet article.

Avant son rachat par celle qui va le transformer pour en faire cet étonnant hôtel particulier, on le connaissait sous le nom de la maison à l’enseigne du Faucheur. C’est en 1655 que l’hôtel actuel va naître grâce au talent d‘Antoine Le Pautre.

Catherine Bellier, épouse de Pierre de Beauvais, était surtout la première femme de chambre de la reine Anne d’Autriche, femme de Louis XIII. Elle avait pour elle un réel savoir faire dans l’aide qu’elle apportait à la reine et par contre peu de satisfaction pour son physique. On la disait laide, elle était borgne et boiteuse. Mais elle va être une étape importante dans la vie du futur Roi Soleil. En 1649, elle va en effet « déniaiser », comme on disait à l’époque, l’enfant roi, et faire un homme du futur Louis XIV. Saint Simon confirmera dans ses écrits cet épisode. On dit même que le jeune Louis y avait pris gout et était revenu plusieurs fois dans le lit de Madame Bellier, et sûrement qu’elle ne fut pas pour rien dans la blennorragie attrapé cette année par le jeune roi. Toujours est il que la reine Anne d’Autriche va donner à sa femme de chambre une coquette pension pour service rendu à la patrie. Et c’est, entre autres, avec cet argent et la bénédiction de la reine que Catherine Bellier acquiert cette demeure bien exiguë et compliquée à aménager.

En effet, le terrain n’était nullement rectangle, mais une sorte de triangle irrégulier, encastré dans les bâtiments adjacents.

Tout le mérite va en revenir au génie de Le Pautre. Il a su y inscrire au rez-de-chaussée des écuries, remises et commerces et, à l’étage, des pièces de réception et galeries donnant sur un petit jardin suspendu ainsi qu’une chapelle en fond de parcelle. Ce jardin était incroyable car en sus d’être unique dans son concept (c’était un véritable jardin avec des tonnes de terres) il possédait en plus une superbe fontaine.

Le bâtiment est en pierre de Saint Maximin et là encore, la reine de France fût extrêmement généreuse avec sa femme de chambre. En effet, si le bâtiment a pu être fini si vite, c’est que Le Pautre a pu s’approvisionner en pierre tout près de son chantier. En effet Anne d’Autriche l’a autorisé à se servir dans le stock de pierre, présent dans le jardin des Tuileries et destiné au Louvre.

Madame Bellier aura vécu bien au dessus de ses moyens et elle ne va léguer à ses 8 enfants que des dettes à sa mort en 1689. L’hôtel devient la propriété de la famille Orry, parlementaire, et il va être modifié par Robert de Cotte. On aura ensuite une multitude de propriétaires. Il sera même, un temps, une maternité avec la clinique des Berceaux et ses 8 lits.

Un des locataires fut le comte Maximilien Emmanuel Franz van Eyck (1711-1777), ambassadeur de l’électeur de Bavière, qui y installe un tripot en application de son droit d’extraterritorialité et des pleins pouvoirs du roi, donnés en octobre 1755. Il accueillera Mozart en 1763, qui y aurait composé ses premières sonates publiées : de la 6 à la 9.

Puis, à la révolution, il devient bien public et il est transformé en immeuble de rapport.

C’est en ce temps de Paris révolutionnaire qu’on parle de l’Hôtel de Beauvais dans le jeu Assassin’s Creed. La scène qui s’y déroule : « Une réunion eut lieu en mars 1791, peu après que Germain eût trompé l’Assassin Arno Dorian en lui faisant assassiner le Templier modéré Chrétien Lafrenière, qui avait prévu d’attaquer les Templiers radicaux à l’Hôtel de Beauvais. Une fois au fait des véritables intentions de Lafrenière, Arno se rendit à l’Hôtel et espionna la réunion des Templiers, durant laquelle ils parlèrent d’influencer le cours de la Révolution en leur faveur puis d’éliminer Élise de la Serre, la Grand Maître des Templiers modérés »

Divers autres propriétaires utilisèrent les lieux, le laissant malheureusement se dégrader et le transformant intéreurement afin de le rendre plus adapté au goût des différentes périodes. Les derniers propriétaires en sont partis en 1990 et aujourd’hui, il abrite la Cour administrative d’appel de Paris.

D’un point de vue architectural, l’hôtel reste une référence. Il est d’ailleurs dans le traité d’architecture de Blondel. Je voulais mettre l’accent sur deux points, un d’avant Le Pautre et un réalisé par Le Pautre.

La superbe salle voutée en sous sol qui servait au temps des moines comme garde manger.

L’escalier elliptique qui permet de passer dans le second corps de bâtiment.

Et pour conclure, gardons le génie de Le Pautre qui grâce au sol en légère pente de l’entrée crée une perspective qui donne une idée de grandeur

…et les rondeurs sont reprises aussi bien dans la forme du bâtiment que celles des marches.


One thought on “L’Hôtel de Beauvais

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.